* Le nouvel album de Teir (Ebrel/Le Buhé/Vassallo) est sorti ! 

Il s’appelle Paotred, comme le spectacle dont il reprend le répertoire, et il vient tout juste de paraître chez Coop Breizh. (Cliquez ici pour la première chanson !) 

Que contient-il ? La plus courte réponse est notre blague coutumière : « des chansons d’hommes, par des chanteuses qui s’y connaissent en hommes et en chansons ! »  Et aussi un livret avec explications et/ou traduction pour chaque chanson (en français et en anglais, pour vos amis d’un peu partout), illustré des belles photos de Véronique Le Goff – pardon pour ce pléonasme – et mis en page avec esprit par Laurent Le Guilloux.  

Pour une réponse plus détaillée, notamment sur ce choix des « chansons d’hommes »,  je vous livre ci-dessous une version légèrement actualisée du texte de présentation que j’avais écrit pour le spectacle il y a quelque temps. Dans les courriers suivants, vous trouverez réponse à deux questions : 

1) celle qu’on nous pose tout le temps : « est-ce un album féministe ? » 

2) celle, tout-à-fait satellite mais marrante, qui vous sera peut-être venue quelques lignes plus haut : « ah bon ? C’est donc elle qui écrit ses textes de présentation ? » 

Bonne lecture… et bonne écoute ! Pour vous procurer l’album, c’est chez votre disquaire préféré (si vous en avez un, prenez-en soin !), en direct auprès de nous, ou par internet, notamment sur le site de la Coop Breizh ou celui de Dialogues Musiques

Le texte, donc : 


Avec le concert puis l'album Teir (sorti en 2012), Annie Ebrel, Nolùen Le Buhé et Marthe Vassallo créaient la surprise tout en répondant au vœu du public de les voir réunies sur scène : trois des plus grandes solistes du chant traditionnel breton exploraient là ensemble les possibilités polyphoniques d'un trio a cappella, pour mieux révéler les beautés d'un répertoire dont l'essence même est le solo et la mélodie. Aujourd'hui, elles poursuivent, dans Paotred, l'expérimentation musicale engagée avec l’appui de la compositrice Frédérique Lory, ainsi que le travail scénique visant à rendre la matière accessible au néophyte. Pour cette nouvelle traversée de la tradition orale, elles adoptent un cap résolument inattendu : les « chansons d'hommes ». 

Si le choix de ce thème s'accompagne d'un sourire, il n'en correspond pas moins à une véritable réflexion. On a souvent mis en avant le rôle des femmes dans la transmission et leur place dans les histoires chantées. On en oublie de voir qu'en réalité les hommes sont omniprésents : ce sont eux qui s'expriment dans la quasi-totalité des chansons d'amour, et dans bon nombre de chansons légères ; eux seuls qui, autrefois, pouvaient aller danser et chanter où bon leur semblait ; eux qui agissent, en bien ou en mal, dans la plupart des gwerzioù (complaintes anciennes), dont certaines sont même entièrement consacrées à leurs batailles. Eux qui laissent à la Basse-Bretagne un répertoire à part : celui du déchirement des conscrits sur le départ. 

Le regard du trio va cependant bien au-delà de la mise en lumière d'une domination. Certes, chercher soudain des « chansons d'homme » comme on a coutume de chercher des « chansons de femmes » , c'est mettre en valeur le fait qu'aujourd'hui encore le masculin est la norme et le féminin l'exception ; c'est aussi éclairer un monde où il ne faisait pas bon être femme. Mais ce qui apparaît également, c'est l'oppression des hommes par les hommes. Les chansons parlent d'image virile, de pression sociale, de sentiment réprouvé ou assumé, de sexualité sous tous les angles, de faiblesse et de doute ; des tourments de l'amour aussi, bien sûr, sous le poids des inégalités sociales ou des calculs matrimoniaux… Et, tout d'un coup, il tombe sous le sens que, si souvent, ce soient des femmes qui aient chanté ces témoignages d'hommes : ce n’est pas seulement qu'en empruntant leurs voix, elles pouvaient dire ce qui n’aurait pas été toléré venant directement d’elles ; c’est aussi qu'en chantant ce qu'ils avaient tant de mal à dire, elles parlaient pour eux. C’est particulièrement frappant dans le cas des chansons de conscrits, où elles ont relayé le chagrin de leurs frères, fiancés, pères, maris, amis. Les chansons d'hommes portées par des voix de femmes ne racontent pas seulement une société corsetée et inégalitaire : elles sont aussi le geste d'amour d'une souffrance partagée, d'une solidarité humaine au-delà des rôles assignés. 

Cette tendresse guide le trio, de l'hilarante autodérision de l'ancien coureur de jupons à la vulnérabilité des clercs amoureux ; des duels à l'épée à l'euphorie du futur marié ; de l'ironie des cocus au chœur des conscrits arrachés à leur monde par le roi, Napoléon ou la guerre d'Algérie ; des garçons en goguette aux amours cachées, dont la syntaxe tait subtilement le genre des protagonistes… On découvrira dans Paotred  le regard nuancé des trois chanteuses sur les inégalités passées et présentes, mais on y retrouvera surtout l'émotion de les entendre donner une voix à des jeunes gens qui ne furent, souvent, guère plus libres que leurs sœurs.

C'est cette émotion qui demeure : l'inversion des rôles, si piquante soit-elle, ne sert qu'à montrer combien ceux-ci demandent à être dépassés. Au-delà, il n'y a plus ni femmes ni hommes, seulement un trio d'artistes en pleine possession de leur chant, racontant le chagrin, la rigolade, la crainte et la joie, avec de grandes voix qui parlent pour nous tous.  


Annie Ebrel, Nolùen Le Buhé, Marthe Vassallo : chant a cappella, arrangements

Frédérique Lory : collaboration artistique, arrangements

Gildas Puget : mise en scène


Contact : Sophie Glarner  02.96.70.86.99 / 06.75.25.08.91   contact@biggravospectacles.com

usu -is ns nsuppsnu© marthe vassallo 2014