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    <title>The Kerbiquet Wheneverly News </title>
    <link>http://www.marthevassallo.com/mov1/journal/journal.html</link>
    <description>Traoù nevez, kozh traoù,  bitrakoù ha traoùachoù, ha soubenn an teir yezh… &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Bulletin paroissial, grandes nouvelles et petits plaisirs, en direct de La Ville aux Pies…&lt;br/&gt;Les articles concernant le plus directement mon actualité musicale sont signalés d’un *. Une question?  Je tâcherai d’y répondre ici. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Big news, sweet nothings and silly jokes… In French (and occasionally Breton) so far, unless it turns out English is needed too: if so, please e-mail your question and I will be happy to oblige.&lt;br/&gt;(Oh, and in case you wondered, “Kerbiquet” is just the unofficial name of a field with my house on it. It means “Magpieville” in Breton and I love it.The name. And the field too.)</description>
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      <title>Ruralité (2)</title>
      <link>http://www.marthevassallo.com/mov1/journal/Entrees/2012/1/20_Ruralite_%282%29.html</link>
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      <pubDate>Fri, 20 Jan 2012 15:50:12 +0100</pubDate>
      <description>Un soir d’automne, il y a quelques années, je suis allée écouter des copains en concert à Nantes. La soirée finie, chacun se dirigeant vers son véhicule, ce que j’étais trop pressée pour remarquer à l’arrivée nous saute aux yeux: au milieu des voitures de ville toutes propres et lustrées, il y a un tas de boue – la mienne. L’automne a été pluvieux et c’est le moment des ensilages… Toute ma carosserie n’est plus que terre. Même le toit en est couvert, les plaques d’immatriculation disparaissent, le miroir des rétroviseurs émerge de deux boules de boue. Ce n’est plus une voiture, c’est un char camouflé. Si j’avais mis sur mon toit une enseigne au néon clignotant «je vis à la campagne», le message n’aurait pas été plus clair! &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Tout récemment je rejoignais ma voiture sur un parking de Rostrenen quand j’ai éclaté de rire toute seule: elle était à peine moins sale qu’à Nantes… mais cette fois toutes les autres étaient dans le même état! Avec une démultiplication qui faisait l’effet d’un humour délibéré – les mêmes zébrures, de la même couleur, aux mêmes endroits et au même angle – toutes racontaient la même histoire de tracteurs, d’hiver et du bon sens de ne pas perdre son temps à un nettoyage qui serait à refaire une heure plus tard. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Un petit rien, un tout petit bout de vie en commun… </description>
    </item>
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      <title>Ruralité</title>
      <link>http://www.marthevassallo.com/mov1/journal/Entrees/2012/1/15_Ruralite.html</link>
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      <pubDate>Sun, 15 Jan 2012 10:13:41 +0100</pubDate>
      <description>Dans le droit fil (s’il y en avait un!) de mon courrier du 1er janvier, une petite réflexion socioéconomicoculturoschtroumpf… &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;C’est entendu, la musique bretonne est, j’emploie moi-même souvent l’expression, «une musique de paysans». C’est-à-dire que les formes que nous pratiquons en ont été élaborées par et pour un monde modelé par l’agriculture – ses rythmes, ses besoins, sa démographie – et que ceux qui nous les ont transmises étaient bien souvent eux-mêmes des cultivateurs. (J’en profite pour rappeler que, villes portuaires et militaires mises à part, le quotidien d’une famille de la côte n’était guère moins «rural» que celui des gens de l’intérieur. Avoir un mari ou un fils en mer ne dispensait pas d’élever un cochon ni de faire pousser des patates! Au contraire, même. Et à deux kilomètres dans les terres, vous étiez déjà en plein empire paysan.) &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Il n’est donc pas rare d’entendre soupirer que les bretonnants/les danseurs/les musiciens d’aujourd’hui, largement membres des classes moyennes, plutôt cultivés, souvent enseignants, n’appartiennent pas au même monde que ceux d’autrefois. Sous-entendu: ces chiffes molles d’intellectuels se sont appropriés la culture que nos bons travailleurs virils ont – faute d’avoir été dûment conseillés, sans doute – eu le tort d’abandonner. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Ahem. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Pourrait-on se pencher un peu sur l’évolution socioéconomique de ce pays entier  et non du seul milieu de la musique bretonne? &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Combien en reste-t-il, aujourd’hui, des paysans? Si tous les musiciens et danseurs devaient sortir de leurs seuls rangs, ça ne ferait tout simplement pas un grand bassin de population! De plus, l’agriculture d’aujourd’hui n’a plus guère en commun avec celle d’autrefois,  tant chez les productivistes que chez les tenants de l’extensif et du bio. Dans tous les cas ni les objectifs, ni les outils, ni les besoins en main d’œuvre, ni les calendriers ne sont restés les mêmes. Or ce sont largement eux qui modelaient la vie des musiciens et auditeurs de l’ancien monde rural: parce qu’un important besoin en bras donnait des villages nombreux et peuplés, parce que les grands travaux ne pouvaient être que collectifs et donnaient, du coup, lieu à réjouissances régulières. Tout ceci a été rendu caduc par la mécanisation et l’intensification. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Enfin, je pense que nul n’a de chiffres mais je serais curieuse d’en avoir: bien sûr nous en connaissons tous, des paysans d’aujourd’hui qui se soucient de musique bretonne comme d’une guigne. Mais ne nous font-ils pas oublier les autres, ceux qui dansent, chantent et jouent à nos côtés et font la traite le lendemain matin? Ou bien seraient-ils tous, par quelque hasard que je m’expliquerais mal, réunis dans mon seul entourage? Je n’ai aucune preuve, mais je ne serais pas surprise que le pourcentage de paysans parmi les acteurs de la musique bretonne d’aujourd’hui reflète au moins celui qu’ils tiennent dans la population globale… C’est-à-dire réduit mais loin d’être nul. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Et puis surtout: penser en termes de catégories sociales, où «paysans» et «classes moyennes» seraient comme eau et huile, n’est-ce pas négliger… que les uns comme les autres sont enfants, petits-enfants de paysans? Oui, ce danseur acharné de Pourlet est expert-comptable et sa cavalière prof d’anglais. Mais il n’est pas impossible du tout que dans leur enfance ils aient dormi sur des lits de balle d’avoine et trait les vaches. On ferait bien de s’en souvenir avant de les traiter de bourgeois en goguette… &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Et ce n’est pas fini: jusqu’ici j’ai, par raccourci de langage, traité comme synonyme «membre du monde rural» et «paysan». Mais ça aussi, c’est de la myopie! Dans une commune rurale d’autrefois il y avait, certes, une majorité de paysans sans doute, mais il y avait aussi des artisans, des fonctionnaires, un médecin, un vétérinaire, peut-être un notaire, un ou deux nobles plus ou moins ruinés, des cantonniers, des commerçants, des instituteurs, des gendarmes… Quel qu’ait pu être le désir de ségrégation sociale de certaines familles (ou de certains bourgs!), peut-on croire que leurs enfants n’appartenaient pas eux aussi à ce monde rural qui les entourait? N’est-ce pas de là que sortirent les grands collecteurs du XIXe et même du XXe siècle? Certes, ils marquaient ainsi une position d’observateur qui les distinguait, de fait, des acteurs alentour. Mais cela signifie aussi que, au contact régulier de cette culture, ils la connaissaient et l’estimaient assez pour lui consacrer leur travail… &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;On me pardonnera ici de prendre mon propre exemple pour illustrer la complexité de ces questions de «ruralité». &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Que j’aie une place dans le grand et vague sac des «intellectuels» ne fera de doute que pour ceux qui, s’y plaçant eux-mêmes, ont à cœur d’en interdire l’entrée au maximum de manants. En terme de catégorie socioprofessionnelle, je suis «profession artistique» (ou «autres»!), juridiquement je suis «salariée». Comble d’infortune, mes parents sont de profession scientifique pour l’un, littéraire pour l’autre. Et chacun de nos entretiens avec Marcel Guilloux est l’occasion pour moi de refaire briller mon ignorance de l’agriculture à l’ancienne – j’ai mis un temps comique à comprendre la logistique des tas et des charretées de paille, et je ne suis pas sûre d’avoir encore bien saisi le geste de «lever» une gerbe de blé noir. La cause semble donc entendue, je ne suis pas une «rurale». Un bref examen généalogique le confirme: pas un paysan visible là-dedans. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Oui, mais attendez! Pas un paysan, mais des aubergistes, des forgerons, des instituteurs de campagne… Bref, des hordes de villageois! Sur la photo de mariage de mes arrière-arrière-grands-parents vers 1880, il y a toute une équipe de gars en blouse… et un gigantesque tas de paille, justement. Pas un paysan, mais des étés entre fenil («ne vous roulez pas trop dans le foin ou les lapins n’en voudront plus!»), basse-cour et baignade à la rivière, et toute l’année au rythme quotidien du pot-à-lait qu’on allait à pied remplir à la ferme du bourg (non sans aller caresser les génisses en passant, enfance oblige!). Pas un paysan, mais notre voisine née avec le siècle, penchée sur ses radis dans un coin de notre terrain – échange de bon voisinage avec mes parents –, dont le français approximatif est pour beaucoup dans mon envie d’apprendre le breton (trop tard, hélas, pour faire vraiment sa connaissance) et dont la fille vient, avec une infinie gentillesse, de m’offrir les coiffes. J’expose chez moi la plus portée de ces dernières, qui fait écho à la coiffe poitevine d’une ancêtre indéterminée – à moins que celle-ci n’ait appartenu au couple de voisins qui firent partie de la famille au point de proposer leur maison, ancienne ferme, en viager à mon grand-père? Pas un paysan, vous dis-je… &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;J’ai suffisamment exposé &lt;a href=&quot;Entrees/2011/2/12_De_la_legitimite_des_musiciens_%28attention,_TRES_longue_tartine_et_encore_je_me_retiens%21%29.html&quot;&gt;mon refus du concept de légitimité appliqué aux artistes&lt;/a&gt; pour que l’on comprenne que je ne suis pas ici en train de plaider ma cause. Il n’y a pas de cause à plaider: quand bien même je descendrais de douze générations d’universitaires et d’industriels, ma vision de la musique bretonne n’en serait ni moins ni plus digne d’intérêt – connaître un tant soit peu le monde dont elle est issue me paraît indispensable pour la connaître elle-même, mais cela peut s’acquérir de nombreuses façons… qui d’ailleurs resteront toujours partielles, quel que soit notre pedigree! Non, je prends mon propre exemple parce qu’il me paraît illustrer assez bien mon propos: la «ruralité» n’est pas le critère d’une catégorie sociale exclusive et homogène, et ne détermine pas un savoir donné – dont ferait partie une musique comme la musique bretonne. La société paysanne d’autrefois a existé et est en train de s’évanouir, c’est un fait – mais nous sommes encore ses enfants même quand nous n’en avons plus conscience. Et nous le sommes avec toute la complexité et la diversité dont, y compris à son apogée, elle faisait preuve elle-même. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;</description>
    </item>
    <item>
      <title>Un petit mot qui réchauffe </title>
      <link>http://www.marthevassallo.com/mov1/journal/Entrees/2012/1/15_Un_petit_mot_qui_rechauffe.html</link>
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      <pubDate>Sun, 15 Jan 2012 09:18:25 +0100</pubDate>
      <description>J’adore la façon dont, parmi les milliers de mots que nous manipulons du matin au soir, de temps en temps il y en a un qui nous plaît. Tous les autres ne nous paraissent que sens, fonction, et tout d’un coup celui-ci se révèle forme, musique. &lt;br/&gt;En allumant le feu ce matin, le mot chéri qui me dansait dans la tête était «keuneud». Keuneud, c’est tout le petit combustible: petit bois, mais aussi ajonc sec, par exemple. &lt;br/&gt;Il y a très longtemps que j’adore ce mot et je ne sais pas pourquoi. Parce qu’il évoque à lui seul l’embrasement, le chaud bienfaisant dans le froid humide? Parce qu’il parle de talus, de bois, de chemin de terre, d’âtre ouvert dans une maison sombre? La seule chose sûre c’est que j’aime aussi le prononcer: ce double «eu» qui trouve une place bien à lui dans la bouche (rien à voir avec un «que» français), le «t» final (1) qui le clôt comme une étincelle… Keuneud. Keuneud… &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Et puis s’il n’existait pas, l’humanité serait contrainte de se passer de toute la profondeur métaphysique de ce refrain éternel: &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;N’eus tamm keuneud, n’eus tamm tan, n’eus tamm alumetez&lt;br/&gt;Ha penaos ‘rin-me bremañ da vouchañ da ma mestrez? &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;(Il n’y a pas de petit bois, il n’y a pas de feu, il n’y pas d’allumettes&lt;br/&gt;Et comment je fais, moi, pour embrasser ma maîtresse?) &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;(1) La graphie en «d» n’est qu’une convention: les consonnes finales, en breton, deviennent voisées ou non en fonction du phonème qui les suit. Si je prononce le mot isolément, «keuneud» se dira «keuneut». </description>
    </item>
    <item>
      <title>Du temps, de la musique bretonne et de nos vies: divagation fumeuse de Nouvel An</title>
      <link>http://www.marthevassallo.com/mov1/journal/Entrees/2012/1/1_Du_temps,_de_la_musique_bretonne_et_de_nos_vies__divagation_fumeuse_de_Nouvel_An.html</link>
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      <pubDate>Sun, 1 Jan 2012 16:28:31 +0100</pubDate>
      <description>Une année nouvelle commence, sous une pluie battante et avec un bon mal de crâne – deux faits assez peu surprenants si l'on considère que statistiquement le 1er janvier a une nette tendance à tomber en hiver dans notre hémisphère, et que le deuxième passage de Loened Fall, hier à St Thégonnec pour le toujours superbe fest-noz d'Amnesty, s'est terminé vers cinq heures du matin. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;C'est donc dolente et comateuse que, blottie au coin du feu comme un chat en grève, je songe… au temps, rien que ça! Dire que je réfléchis serait une insulte à la réflexion: je songe, au plein sens du terme, les choses me passent devant les yeux dans un demi-sommeil. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Je vois du temps à venir, à venir tout de suite: un janvier-février plein de bel et saint Travail, avec la réécriture de &amp;quot;Chansonologie&amp;quot;, des concerts et des répétitions avec Vertigo, Gilles Le Bigot et Jean-Michel Veillon, Annie Ebrel et Nolùen Le Buhé, et une excitante invitation à Nantes (je vous en reparle très vite!); sur l'année ensuite, des disques, des éditions, le recueil d'entretiens avec Marcel Guilloux qui continue à se tricoter, la plongée dans l'univers de Maurice Duhamel qui me happe presque malgré moi… &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Et dans tout cela il y a du temps passé: d'une part mon propre temps, temps de recherche, de compréhension, de réalisation, et d'autre part celui des autres, celui des vies entières des chanteurs et musiciens du passé sur lesquels nous nous penchons. Là aussi aussi il y a du temps fructueux et du temps qui stagne, du temps trop vite passé et des maturations extraordinaires, il y a tout ce temps qui a manqué, souvent, à ces artistes, et qui me manque à moi-même……&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;C'est peut-être un autre privilège des musiciens traditionnels que notre musique nous mette aussi fondamentalement face au temps, plaçant d'emblée la durée d'une vie – la nôtre ou celle de quelqu'un d'autre – dans un continuum qui la dépasse sans l'écraser, un temps plus long qu'elle mais encore assez bref pour qu'elle puisse y laisser une empreinte visible. J'entends par là que, de là où nous nous situons nous-même, notre vue remonte plus loin que les vies des grands anciens (interprètes mais aussi collecteurs, organisateurs, catalyseurs de tout poil…) qui nous inspirent, et se poursuit bien sûr au-delà: nous savons qu’on chantait avant nos maîtres, et avec un peu de chance l'on chantera après. Et cependant nous ne regardons pas de si haut que leur apport se perde dans le tableau: nous pouvons voir – si nous regardons bien – ce que nous devons à chacun d'eux, ce qu'il a inventé, perfectionné, enrichi. Et bien sûr, à mesure que nous-même prenons de la bouteille, nous avons leur exemple pour nourrir notre réflexion sur ce que nous allons, nous aussi, laisser un jour à cette musique, que ce soit ou non ce que nous voulions, en ampleur et en qualité bonne ou mauvaise…&lt;br/&gt;&lt;br/&gt; J'insiste: que notre vision se situe dans un compas moyen, que d'une part elle puisse ainsi englober le vieillissement, la mort et la jeunesse, ceux des musiciens comme ceux des auditeurs, en d'autres termes que des vies entières y aient droit de cité, contrairement à certaines musiques ou certains arts scéniques qui contraignent les vieux à se faire passer pour jeunes (la pop) ou les jeunes à se faire passer pour vieux (une certaine pensée de la musique classique!) ; que d'autre part cette continuité qui fait sa force n'aille pas, à l’inverse, jusqu'à écraser les individus dans une idée d'éternité dont personne ou presque ne peut plus émerger (je pense ici à la littérature et à ses cruelles &amp;quot;immortalités&amp;quot; lessivées au bout d'un siècle dans un paysage qui en compte trente) ; tout cela me paraît une de ces immenses chances dont nous sommes si imprégnés que nous n'en avons jamais conscience. Un peu – et c'est d'ailleurs une chose tout-à-fait voisine – comme nous sommes toujours surpris de l'émotion avec laquelle un étranger découvre le mélange des générations dans un fest-noz: il nous faut ses yeux à lui pour voir que ce qui nous paraît le tissu même de la normalité est une rareté dans le monde occidental d'aujourd'hui. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Cela fait vingt ans cette année que je chante en fest-noz. Un clin d'œil durant lequel le monde qui m'entoure, profitant de ce que je portais mon attention sur des détails, s'est transformé de manières que je commence seulement à mesurer… Et durant lequel notamment l'ancienne société rurale, que j'ai (mé)connue à la fois présente et en voie d'effacement comme une Reine-Mère qui a abdiqué mais garde un rôle central à la cour, a pris sérieusement congé, individu après individu, maison après maison. Elle n'est pas entièrement disparue et ne le sera pas encore de sitôt, mais, comme le dit si bien Nolùen Le Buhé, &amp;quot;Les Elfes prennent le bateau&amp;quot;. Et moi qui bats ma coulpe d'avoir raté tant de gens et de moments, je m'aperçois que mon savoir maigrichon paraît déjà enviable à quelqu'un de quinze ans plus jeune… &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Et cependant. Cependant je ne suis pas la première à l'écrire, il est frappant de constater que cela fait deux bons siècles que quiconque écrit sur la culture bretonne affirme en rapporter les derniers lambeaux, bribes arrachées de justesse à un trésor déjà englouti. Est-ce à dire que nous nous trompons tous et que rien ne se perd jamais? Certes non. Et d'une certaine façon, à l'aune de ce que nous voyons, nous, disparaître, nous pouvons mesurer l'ampleur des pertes pleurées par nos prédecesseurs. Mais il ne faudrait par pour autant sous-estimer ce que l'on gagne – peut-être que dans les cultures comme dans les maisons, on perd l'ancien parce que l'on a besoin d'espace pour le neuf – ni ce qui n'est pas disparu mais transformé. Oui, Luzel disait sans doute vrai, le grand art des gwerzioù, ou au moins de leur composition,  appartenait déjà au passé à la fin du XIXe siècle. Mais les gens chantaient toujours! – Certes, dira-t-on, mais ils chantaient largement des feuilles volantes, chansons mercenaires aux formes abâtardies. – C'est se faire une idée fumeuse de la &amp;quot;pureté&amp;quot; des formes précédentes, pourra-t-on répondre. Et surtout c'est négliger que ces feuilles volantes sont loin d'être restées sans descendance: elles ont fourni une part non négligeable des textes d'un des répertoires les plus en vogue dans la musique bretonne d'aujourd'hui, le kan ha diskan (1)… &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;De même, au cours des quarante dernières années, que de bibliothèques ont brûlé dans ce pays – mais dans le même temps, quelle créativité musicale, quel bouillonnement de vie sociale, quelle quantité de nouveaux interprètes et même de nouveaux langages! La raison même pour laquelle Nolùen évoquait les Elfes était qu'elle me faisait part de son ravissement de voir éclore, dans ce monde vannetais dont il y a seulement dix ans on nous promettait la perte, nombre de très jeunes chanteurs en pleine et saine possession d’un beau bagage. En quelque sorte, nous qui venons d'une génération intermédiaire (après le bouillonnement des années 70-80 et avant la grande éclosion des 20-30 ans d'aujourd'hui), nous avons le sentiment qu'après avoir longtemps chanté pour dire notre admiration et notre amour à nos aînés, nous nous mettons naturellement à chanter pour les dire à nos cadets… Et ce avec le même goût du détail, le même souci d'arracher le plus de choses possible à cette perte permanente. (A commencer par les fameuses gwerzioù, venues d'un temps désormais deux fois révolu et pourtant si riches d'échos dans le nôtre.)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Lors du récent enregistrement de Vertigo/Vassallo j'ai ainsi demandé à réenregistrer plusieurs petits détails linguistiques dans une chanson en vannetais – des &amp;quot;trégorrismes&amp;quot; qui m'avaient échappé dans le feu de l'action. J'ai été surprise moi-même de constater que ma motivation première était non l'éventuelle désapprobation des spécialistes et/ou grands chanteurs, pour qui j'ai pourtant le plus grand respect… mais la pensée des fils de Nolùen, qui absorbent les chansons par capillarité. C'était une chanson de chez eux, et je voulais faire tout mon possible pour &amp;quot;la leur laisser&amp;quot; sans trop de balafres…&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Bref, en d'autres termes j'ai 37 ans dans un monde qui change comme tous les mondes! Mais si je déplore tout ce que celui-ci a perdu et s'apprête à perdre encore, et si je le déplore d'autant plus que je n'ai moi-même pas su saisir un nombre affligeant de choses et de gens, je suis aussi très curieuse de voir ce qu'il va faire de ce qu'il garde, et comment des choses aujourd'hui menacées peuvent trouver de nouvelles formes, de nouveaux habitats… A fortiori si nous parvenons à conserver ce temps où une vie entière trouve place (2). Et je suis aussi curieuse, inquiète et songeuse quant aux façons dont je peux, à ma minuscule échelle, contribuer à porter dans ce temps les choses qui me sont chères. Y compris par des miettes aussi risibles que de demander à un ingénieur du son de rouvrir le fichier d’un morceau pour que je puisse rechanter un &amp;quot;ch&amp;quot; au lieu d'un &amp;quot;j&amp;quot;. Et même si le bout de chou auquel je pense en le faisant n'en aura peut-être jamais rien à battre! &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Bloavezh mat deoc'h tout! &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;	(1)	Voui, je sais: le kan ha diskan n’est pas, stricto sensu, un répertoire mais une technique de chant à répondre. Je devrais écrire «le répertoire communément chanté en kan ha diskan». Mais il est doux, parfois, quoique peu scientifique, d’employer quelque raccourci… &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;	(1)	Si nous y parvenons, car deux grandes tendances peuvent nous en empêcher: l’une, le temps comprimé de l’industrie culturelle d’aujourd’hui (quand bien même elle ne serait qu’une PME locale!) et des réseaux d’information avides de nouveauté permanente. L’autre, la tendance humaine à méconnaître tout ce qui nous a précédés: si la pratique d’une musique par essence «transmise» vient naturellement contrer cette tendance, elle ne l’annule pas pour autant et il nous faut entretenir une certaine curiosité (c’est un des rôles de Dastum et particulièrement des éditions) pour nous apercevoir que «notre héritage», l’ensemble des choses qui existaient au moment où nous sommes arrivés dans l’histoire, est en réalité une somme énorme d’évolutions, de créations, de pertes, de hasards et de volontés. (Un exemple? C’est en travaillant sur le CD Dastum de Marie-Josèphe Bertrand que j’ai mesuré à quel point ces enregistrements avaient pu être déterminants pour les jeunes chanteurs des années 70, en leur donnant à penser qu’on pouvait encore trouver autour d’eux les grandes complaintes collectées au XIXe. Pour moi qui ai débarqué 20 ans après, cette dernière notion était une simple évidence… pour la bonne raison qu’elle avait été démontrée, depuis, par le travail de ces mêmes jeunes, motivés au collectage par les bandes de Mme Bertrand! Il me restait seulement à apprendre qu’elle ne l’avait pas toujours été…) &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;</description>
    </item>
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      <title>Mauvaise nouvelle, les enfants… </title>
      <link>http://www.marthevassallo.com/mov1/journal/Entrees/2011/12/23_Mauvaise_nouvelle,_les_enfants.html</link>
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      <pubDate>Fri, 23 Dec 2011 19:46:12 +0100</pubDate>
      <description>&lt;a href=&quot;http://www.marthevassallo.com/mov1/journal/Entrees/2011/12/23_Mauvaise_nouvelle,_les_enfants_files/DSC00044.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.marthevassallo.com/mov1/journal/Media/object000_1.png&quot; style=&quot;float:left; padding-right:10px; padding-bottom:10px; width:251px; height:329px;&quot;/&gt;&lt;/a&gt;&lt;br/&gt;… Un horrible accident, dans un bourg de Provence… &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;(Je vous assure que je suis innocente! Je n’ai pas touché à &lt;a href=&quot;Entrees/2008/12/9_Petit_sarcasme_de_saison.html&quot;&gt;la scène du crime&lt;/a&gt;!)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Trève de sarcasmes: Noël Laouen, Merry Nedeleg, Joyeux Xmas à tous! &lt;br/&gt;</description>
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      <title>«Me zo pedet gant ma mignon de venir vous raconter» ou l’histoire sans cesse recommencée des chansons bilingues</title>
      <link>http://www.marthevassallo.com/mov1/journal/Entrees/2011/12/6_Me_zo_pedet_gant_ma_mignon_de_venir_vous_raconter_ou_lhistoire_sans_cesse_recommencee_des_chansons_bilingues.html</link>
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      <pubDate>Tue, 6 Dec 2011 19:32:19 +0100</pubDate>
      <description>Dans «Chansonologie», le chantier du printemps dernier que je suis en train tout bonnement de réécrire parce que le résultat du premier effort s’était révélé insatisfaisant (eh oui, ça arrive! Et quand ça arrive, si on n’a pas envie de lâcher l’idée entière, eh bien on se remet au travail), je tente d’explorer le fonctionnement de la forme «chanson» à la lumière de ce que peut nous apprendre un répertoire de tradition orale. En d’autres termes, je puise dans ma vie de chanteuse de gwerzioù de quoi mieux comprendre une chanson de Pink Floyd.  &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Evidemment, pour concentrer ça en une heure et quart sans longueurs il y a un tombereau de détails et d’exemples dont je dois faire le sacrifice (ce qui explique, d’ailleurs, le fil que l’ouvrage me donne à retordre!). Parmi ceux-là il en est un dont je ne résiste pas à l’envie de vous faire part. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Avez-vous remarqué que la mode chez les artistes français de variété, ces temps-ci, est à mêler anglais et français dans une même chanson? Couplets en français et refrain en anglais, boucle en anglais et paroles en français, couplets alternés entre les deux langues, etc…&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;L’argument «je veux conquérir le marché anglo-saxon» est si éventé que j’ai peine à croire qu’il faille le voir là en application. Je crois plutôt que ces chansons racontent la cohabitation toujours plus fréquente entre français et anglais dans nos vies. Le fait qu’elles suivent plus ou moins moutonnièrement une mode ne change rien à l’affaire.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Internet, les voyages accessibles et le DVD aidant, ce qui était vrai d’une minorité il y a trente ans devient la norme: tous les jours ou presque nous lisons, écoutons voire correspondons en anglais. Et comme on écrit une chanson bien souvent à partir d’un petit lambeau de phrase ou d’idée, rien d’étonnant à ce que certains d’entre eux, désormais, nous viennent en cette langue.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Pour ma part j’écris parfois des chansons entières en anglais – rien qui fasse date dans l’histoire de la poésie anglophone, mais le reflet, au même titre que mes textes en breton ou en français, d’une part non négligeable de ma vie quotidienne de quasi-trilingue. En revanche je n’ai jamais écrit de chanson bilingue et je crois que je ne suis pas près de le faire.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Pourquoi? Parce que j’en ai déjà entendu, des chansons bilingues. La Basse-Bretagne entière en a déjà entendu, et sans doute bien plus encore qu’elle n’en a souvenir. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Quand était-ce exactement? Difficile à dire. Disons début XXe siècle. La Grande Guerre, l’éducation, les mutations sociales concouraient à faire apprendre assidûment le français aux jeunes gens de Basse-Bretagne. Le breton était encore la langue parlée chez soi comme au bourg, mais tous les écoliers et les conscrits apprenaient le français et leurs familles y voyaient un espoir sinon d’ascension sociale, du moins d’absence de handicap. Insister pour parler français entre bretonnants aurait été un snobisme, mais l’aurait été précisément parce que savoir parler français était chic et moderne. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;A cette époque on chantait encore beaucoup en breton, bien sûr, mais parfois aussi en français; Marcel Guilloux se souvient ainsi avoir, enfant, chanté phonétiquement «Marylou, Marylou, souviens-toi du premier rendez-vous…» sans y comprendre un traître mot! Une génération était en train de devenir plus bilingue qu’aucune autre avant elle en ce pays, d’un bilinguisme pour l’instant plutôt «passif» en ce que la nouvelle langue ne se substituait pas encore à l’ancienne, mais déjà marqué par l’arrivée de nouvelles références.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Et cette génération, dans la tête de laquelle les mots d’une langue et ceux de l’autre devaient parfois faire de drôles de cabrioles, et qui avait à gérer les envies contraires de jouir de son savoir et de ne pas s’en vanter, cette génération donna naissance à un genre à part de chanson bretonne: les chansons bilingues. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Certaines chansons, et nous en chantons encore aujourd’hui, alternaient déjà un refrain en français avec des couplets en breton (pratique courante, du reste, pour d’autres langues en d’autres lieux et d’autres époques); mais celles auxquelles je pense allaient plus loin: chaque vers commençait en une langue et finissait dans l’autre. Les sujets étaient légers: récits de jeunesse robuste et de demandes en mariage, humour moyennement subtil – si l’on a composé des «bilingues» tristes je n’ai jamais eu la chance d’en entendre une. Et je crois bien que s’il en existe une ce sera l’exception, car le ressort même de ces chansons est la complicité, le vécu partagé entre l’interprète et les auditeurs. Ce sont des clins d’œil. Du temps où peu de gens parlaient français, ce ne sont pas des textes bilingues que l’on chantait pour se faire valoir, mais des chansons en breton lardées de mots français intégrés dans la syntaxe. La chanson breton/français, elle, tient pour acquis que l’auditeur aussi comprend les deux langues. Sans quoi chanter des choses comme:  &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;«Jean-Marie ar Miliner a neuf filles à marier&lt;br/&gt;Mes e-barzh ar Finistère, personne ne veut les épouser&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Abalamour da betra ne trouvent-elles pas de mari?&lt;br/&gt;Deoc’h holl ez an da gontañ, approchez donc par ici» &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;n’a plus guère de sens.  &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Farfouinant chez &lt;a href=&quot;http://www.dastum.net/&quot;&gt;Dastum&lt;/a&gt; en &lt;a href=&quot;Entrees/2011/10/7_JF_cherche_chanson_legere_%281%29.html&quot;&gt;quête de légèreté&lt;/a&gt; pour le répertoire Vertigo/Vassallo, je m’était dit: «tiens, pourquoi pas une chanson bilingue, après tout? Ça serait joliment décalé.» Et il est vrai que je garde une tendresse pour ce répertoire anecdotique et pour la jeunesse passée qu’on y entend rire et bomber le torse. Hélas, même mon indulgence ne va pas jusqu’à ignorer un fait: toutes celles que j’ai entendues sont irrémédiablement platounettes. On arrive tant bien que mal à en apprécier une, et puis patatras, la moindre rengaine monolingue qu’on entend derrière paraît dix fois meilleure… &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Peut-être n’ont-elles pas été assez nombreuses (les textes que nous avons sont-ils quelques dizaines?), ou n’ont-elles pas vécu assez longtemps, pour qu’il en émerge un petit bijou. Peut-être que le bijou existe et que je ne l’ai pas encore rencontré. Mais peut-être aussi que ce genre n’était pas fait pour produire un bijou, qu’il était simplement aussi transitoire que le temps dont il fut l’expression, et qu’il ne faut donc pas s’étonner qu’il ait «mal vieilli» – triste condamnation des choses qui, adaptées aux demandes d’une époque, ne répondent plus à celles de la nôtre.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;En tout cas j’y pense, à ces chansons et à ceux qui les composèrent, lorsque zappant sur la FM j’entends un(e) jeune chanteur(-se) français(e), dans un mix surcompressé, nous démontrer qu’il aurait dû écouter un peu plus attentivement le cours de phonétique au collège… &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;</description>
    </item>
    <item>
      <title>Où elle assume son penchant pour les Berces de Lalique, les corsets à hanches fuyantes et les Tricératops</title>
      <link>http://www.marthevassallo.com/mov1/journal/Entrees/2011/11/20_Ou_elle_assume_son_penchant_pour_les_Berces_de_Lalique,_les_corsets_a_hanches_fuyantes_et_les_Triceratops.html</link>
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      <pubDate>Sun, 20 Nov 2011 17:07:08 +0100</pubDate>
      <description>Les choses que l'on aime le plus profondément sont bien souvent celles que, durant un certain temps, l'on n'a même pas conscience d'aimer. Je viens ainsi de m'apercevoir que je suis atteinte d'anglophilie rampante: tous domaines confondus, de Shakespeare à Fry&amp;amp;Laurie en passant par Purcell, Jane Austen, Lewis Caroll, Monty Python et Britten, un nombre inquiétant de mes œuvres préférées sont signées de sujets de Leurs Très Gracieuses et Successives Majestés. Et je ne vous parle même pas de jardinage… &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;De la même façon, face à un faisceau de preuves accablantes, je suis bien obligée de reconnaître une fascination pour la Belle Epoque dont mes récents articles sur Yvette Guilbert et Gaston Couté ne sont que d'innocents symptômes. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Pourquoi, je n'en sais trop rien. Mon amour, enfant, pour les écrits de Colette et &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Lalique&quot;&gt;les photos de bijoux Art Nouveau&lt;/a&gt; (1) procédait-il déjà d'une prédisposition particulière, ou bien ces attractions se sont-elles, avec le temps, confondues par la coïncidence initiale de leur époque? Je ne peux que conjecturer que c'est peut-être parce que l'avant-guerre de 14 a le charme un peu avarié du dernier Ancien Régime, de la dernière époque éloignée de nous – notre XXe siècle (2) commençant pour moi, en termes de mode de vie et d'univers social et culturel, quelque part après 1920  – et cependant assez proche pour qu'une foule de documents nous en soit accessible. Les dernières robes dispendieuses sur &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Corset&quot;&gt;corsets &amp;quot;à hanches fuyantes&amp;quot;&lt;/a&gt;, les derniers amas de nouilles dansantes de l'école de Nancy, les hypnotisantes portes de métro d'Hector Guimard (3) ont quelque chose de l'hyperspécialisation des derniers dinosaures: aliens admirables d'élaboration et de diversité, et émouvants pour qui les considère a posteriori, promis à leur perte par cette même adaptation qui les empêchera de survivre au prochain météorite. Est-ce un hasard si je suis également amoureuse des opéras de Rossini, eux aussi flamboyantes fins de lignée?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Mais n'allez pas croire que mon attirance pour cette époque se limite à Montmartre et à Nancy. Je suis tout aussi fascinée par les campagnes de ce temps-là, où notaires à pianos, folkloristes à rouleaux de cire et élégantes en mal de bains de mer croisent une société rurale encore vigoureuse mais déjà secouée, où les coiffes – elles-mêmes en train de développer des cornes de Tricératops – ne tremblent pas encore face aux premiers chapeaux, où le conte de Jean au Bâton de Fer ne pâlit pas malgré les lampes à pétrole, bref où tout un monde, et même plusieurs mondes coexistants, ne sont pas encore à la croisée des chemins mais la voient seulement, sans la reconnaître, se profiler à l'horizon. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Aurais-je voulu vivre à la Belle Epoque? Non. (Du reste je n'ai pas non plus envie de m'installer en Grande-Bretagne!) Le sourire de cette époque dissimule des molaires sacrément cariées – celles d’un monde aux hiérarchies sclérosées qui pense l’inégalité des sexes, des «races», des classes, comme un fondement de l’ordre social – dont quelques-unes préparent déjà les monstrueuses gangrènes à venir. Mais comme j'aime à me promener dans cet empire de complications, dans ces illusions croisées de révolution et de permanence où il est bien difficile de ne pas reconnaître les nôtres – et peut-être tout bêtement, sur le plan artistique, dans un univers encore amoureux de superflu, de détail et de gratuité, où l'épure n'est pas encore le premier et le dernier des devoirs. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;(Parce que de vous à moi: oui, c’est beau, l’épure, la pierre polie jusqu’à la courbe ultime, le tabouret posé à l’exacte juste place au milieu de la salle de bal vide… Le geste où plus rien ne se disperse, je passe même une bonne part de ma vie à le chercher!  Mais doit-on pour autant excommunier le point de broderie, l’objet inutile mais non superflu puisqu’il est aimé, le foisonnement où l’œil, au lieu de s’entendre dicter la vérité du monde, se voit offrir un monde où la chercher lui-même? N’y a-t-il pas tout autant d’absolu dans une arabesque magistralement menée que dans une ligne droite?) &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&amp;quot;Ah, ces chanteurs traditionnels&amp;quot;, pourra-t-on dire, &amp;quot;toujours amateurs de vieilleries!&amp;quot; Que non pas. J'ai plutôt l'impression que ce penchant pour les merveilles disparues est le contrepoids de ma vie de chanteuse bretonne: ce que je chante, c'est ce qui a survécu à plusieurs siècles d’une fort darwinienne sélection. Et si je déterre un texte collecté au XIXe, c'est invariablement parce que je lui trouve une pertinence actuelle. Alors que ce qui me plaît dans la Belle Epoque est précisément son tissu absolument révolu, sa totale inadaptation à notre présent et peut-être même au sien: d'une certaine façon, ce monde en queue de comète était déjà anachronique en son propre temps. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;(1) Mon cheptel actuel de bracelets-bagues trouve certainement son origine en une photo pleine page, dans l'Histoire de l'Art familiale, du &lt;a href=&quot;http://flatrock.org.nz/topics/animals/art_nouveau_snakes.htm&quot;&gt;fantastique serpent que Mucha et Fouquet&lt;/a&gt; firent s'enrouler du poignet aux doigts de Sarah Bernhardt. J'ai dû rêver des heures, gamine, devant cette photo, comme plus tard devant &lt;a href=&quot;http://www.musee-orsay.fr/fr/collections/oeuvres-commentees/arts-decoratifs/commentaire_id/berce-9386.html?tx_commentaire_pi1%5BpidLi%5D=846&amp;tx_commentaire_pi1%5Bfrom%5D=843&amp;cHash=60bdc803d9&quot;&gt;les Berces de Lalique au Musée D’Orsay&lt;/a&gt; et leur beauté insensée, sensuellement et métaphysiquement troublante. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;(2) Cela se discute sûrement mais j'ai bien le sentiment que, 2011 ou pas, nous sommes seulement maintenant en train de quitter, à reculons, le XXe siècle – tout comme la période 1900-1914 peut se lire comme un appendice de la deuxième moitié du XIXe. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;(3) Les portes de métro sont l’œuvre la plus familière; mais le vrai chef-d’œuvre de Guimard, en toute subjectivité, je le trouve lui aussi à Orsay: &lt;a href=&quot;http://www.insecula.com/oeuvre/photo_ME0000053971.html&quot;&gt;cette banquette de fumoir&lt;/a&gt;, je vous jure que je l’ai vue respirer…&lt;br/&gt;</description>
    </item>
    <item>
      <title>Et tant qu’on est dans les cabarets de Montmartre…</title>
      <link>http://www.marthevassallo.com/mov1/journal/Entrees/2011/11/14_Et_tant_quon_est_dans_les_cabarets_de_Montmartre.html</link>
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      <pubDate>Mon, 14 Nov 2011 00:59:03 +0100</pubDate>
      <description>C’est Mathieu Hamon qui m’a fait découvrir, il y a déjà fort longtemps, les chansons de &lt;a href=&quot;http://gastoncoute.free.fr/&quot;&gt;Gaston Couté.&lt;/a&gt; Leur veine «patoisante», bien dans le ton de la Belle Epoque, pourrait faire songer à Botrel… jusqu’à ce qu’on les lise! Antimilitariste, contributeur des journaux anarchistes, éternel tiraillé entre l’énergie de Montmartre et la nostalgie de sa Sologne, Couté dit l’oppression sociale, les petites gens écrasés de travail et l’absurdité des convenances avec une hargne et une précision douloureuses. On raconte que les terrassiers du métro, Boulevard Magenta, firent une haie d’honneur sur le passage de son cercueil… &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;C’est drôle, ces temps-ci je n’arrête pas de retrouver Couté en travers de mon chemin. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;D’abord &lt;a href=&quot;Entrees/2011/5/12__Les_chants_du_livre_bleu.html&quot;&gt;Duhamel, toujours lui&lt;/a&gt;! a mis en musique au moins un de ses textes, Les Mangeux de terre, en 1906. Et puis – ça ne s’invente pas – il y a trois semaines, alors qu’à une terrasse de restaurant nous dégustions, les membres de Vertigo et moi, un joyeux déjeuner d’après-concert et que je leur racontais &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Lady_Mond&quot;&gt;la très cinématographique histoire de Lady Mond&lt;/a&gt; (1), tout-à-coup le monsieur de la table à côté s’adressa à nous: il n’avait pu s’empêcher de nous écouter, il se demandait si je connaissais Gaston Couté (oui) et plus précisément un texte nommé Les Gourgandines (non). Qu’à cela ne tienne, il avait justement un recueil sur lui, et hop! voilà Les Gourgandines qui m’atterrissent sous le nez. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Ah, la vache…&lt;a href=&quot;http://gastoncoute.free.fr/ses_oeuvres.htm&quot;&gt; Vous le trouverez là, ce texte et tous les autres&lt;/a&gt; (avec toutes les notes explicatives nécessaires). En voici seulement la deuxième moitié: &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;…Queuq's moués après, quand y a déjà d'la barbelée&lt;br/&gt;Au fait' des charnissons et des p'tits brins d'éteule,&lt;br/&gt;Faut entend' clabauder, d'vant la flamm' des jav'lées&lt;br/&gt;Les grous boulhoumm's gaîtieaux et les vieill's femm's bégueules :&lt;br/&gt;&amp;quot; Hé ! Hé !... du coup, la michant' Chous' s'a fait enfler !... &amp;quot;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Et les pauv's &amp;quot;michant's chous's&amp;quot; qui décess'nt pâs d'enfler&lt;br/&gt;Descend'nt au long des champs ousqu'à trouvé linceul&lt;br/&gt;Leu-z-innocenc'tombée, au nez d'un clair de leune.&lt;br/&gt;- Les galants sont partis pus loin, la mouésson faite.&lt;br/&gt;En sublaillant, chacun laissant là sa chaceune,&lt;br/&gt;Après avouèr, au caboulot payé leu's dettes. -&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&amp;quot;Quoué fer ? &amp;quot; Qu'a song'nt, le front pendant su' leu' d'vanquiére&lt;br/&gt;Et les deux yeux virés vars le creux des orgniéres...&lt;br/&gt;Leu' vent'e est là qui quient tout l'mitan du frayé !&lt;br/&gt;Au bourg, les vieill's aubarg's vésounn'nt de ris d'rouyiers&lt;br/&gt;Qui caus'nt d'ell's en torchant des plats nouér's de gib'lotte ;&lt;br/&gt;D'vant l'église à Mari' qu'a conçu sans péché&lt;br/&gt;Leu's noms sont écrasés sous les langu's des bigottes&lt;br/&gt;Qu'un malin p'tit vicair' fait pécher sans conc'vouer ;&lt;br/&gt;Les conscrits qui gouépaill'nt un brin, avant d'se vouèr&lt;br/&gt;Attaché's pour troués ans au grand ch'nil des casarnes,&lt;br/&gt;Dis'nt des blagu's à l'hounneur d'la vieill' gaîté d'cheu nous :&lt;br/&gt;- &amp;quot;Sapré garc's, pour avouér un pansier aussi grous&lt;br/&gt;A's'ont fait coumm'les vach's qu'ont trop mangé d'luzarne ?...&lt;br/&gt;Ou ben c'est-l' un caquezieau qui l'sa piquées ?...&amp;quot; -&lt;br/&gt;Au bourg, tout l'monde est prêt à leu' jiter la pierre...&lt;br/&gt;A's r'tourn'ront pas au bourg les fill's au vent'e enflé,&lt;br/&gt;Un matin a's prendront leu' billet d'chemin d'fer&lt;br/&gt;Et ça s'ra des putains arrivé's à Paris...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Ben, pis qu'v'là coumm' ça qu'est... Allez les gourgandines !...&lt;br/&gt;Vous yeux ont d'l'attiranc' coumm' yeau profond' des puits,&lt;br/&gt;Vous lèvres sont prisé's pus cher qu'un kilo d'guignes,&lt;br/&gt;Les point's de vous tétons, mieux qu'vout coeur, vout' esprit,&lt;br/&gt;Vous frayront la rout' large au travers des mépris.&lt;br/&gt;C'est vout' corps en amour qui vous a foutu d'dans,&lt;br/&gt;C'est après li qu'i faut vous ragripper à c'tt' heure ;&lt;br/&gt;Y reste aux fill's pardus, pour se r'gangner d'l'hounneur&lt;br/&gt;Qu'de s'frotter - vent'e à vent'e - avec les hounnêt's gens :&lt;br/&gt;L'hounneur quient dans l'carré d'papier d'un billet d'mille...&lt;br/&gt;Allez les gourgandin's par les quat' coins d'la ville !...&lt;br/&gt;Allez fout' su'la paill' les bieaux môssieu's dorés,&lt;br/&gt;Mettez l'feu au torchon au mitan des ménages,&lt;br/&gt;Fesez tourner la boule aux mangeux d'pain gangné&lt;br/&gt;Aux p'tits fi's à papa en attent' d'héritage.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Fesez semaill' de peine et d'mort su' vout' passage&lt;br/&gt;Allez, Allez jusqu'au fin bout d'vout' mauvais sort,&lt;br/&gt;Allez ! les gourgandin's oeuvrez aux tâch's du mal :&lt;br/&gt;Soyez ben méprisab's pour que l'on vous adore !...&lt;br/&gt;Et si vous quervez pas su' eun' couétt' d'hôpital&lt;br/&gt;Ou su' les banquett's roug's des maisons à lanterne&lt;br/&gt;Vous pourrez radeber, tête haute, au village&lt;br/&gt;En traînant tout l'butin qu' v' aurez raflé d'bounn' guerre.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Vous s'rez des dam's à qui qu'on dounne un çartain âge,&lt;br/&gt;Vous tortill'rez du cul dans des cotillons d'souée&lt;br/&gt;V' aurez un p'tit chalet près des ieaux ou des boués&lt;br/&gt;Que v' appell'rez &amp;quot; Villa des Ros's ou des Parvenches &amp;quot;&lt;br/&gt;L'curé y gueultounn'ra avec vous, les dimanches&lt;br/&gt;En causant d'ici et d'ça, d'morale et d'tarte aux peurnes,&lt;br/&gt;Vous rendrez l'pain bénit quand c'est qu'ça s'ra vout' tour ;&lt;br/&gt;L'Quatorz' juillet, vous mérit'rez ben d'la Patrie :&lt;br/&gt;Ça s'ra vous qu'aurez l'mieux pavouésé de tout l'bourg ;&lt;br/&gt;Le bureau d'bienfaisanc' vienra vous qu'ri des s'cours.&lt;br/&gt;Aux écol's coummunal's vous f'rez off'er de prix&lt;br/&gt;Et vous s'rez presque autant que l'mair' dans la Coummeune&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;...Ah ! Quand c'est qu'vous mourrez, comben qu'on vous r'grett'ra&lt;br/&gt;La musiqu', les pompiers suivront vout' entarr'ment ;&lt;br/&gt;D'chaqu' couté d'vout convoué y aura des fill's en blanc&lt;br/&gt;Qui porteront des ciarg's et des brassé's d'lilas...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Vous s'rez eun' saint' qu'on r'meun' gîter aux d'meur's divines...&lt;br/&gt;Allez !... en attendant !... Allez, les gourgandines !...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Ah là là, si j’avais la moindre idée de comment chanter ça… (Du reste je n’arrive pas à savoir si cette chanson a pu être elle aussi mise en musique par Duhamel: elle fait partie, en tout cas, du même numéro des Chansonniers de Montmartre que Les Mangeux de terre. S’il devait s’avérer que c’est bien le cas, je ne promets pas que j’arriverai à me retenir…) &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;(1) Qu’attendez-vous, cinéastes, mais qu’attendez-vous?! La vie de cette femme est un immense film! </description>
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