Minute “Nature et Découvertes”
samedi 3 mai 2008
La scène se passe à Gignac, 34, où je chantais avec Philippe Ollivier (dans la joie et le bon accueil) mercredi dernier. Entre le théâtre et l’hôtel, il y a un petit terrain actuellement en liberté, avec une conduite d’eau dont j’ignore la fonction. Le jour, les coquelicots se croient dans un Monet:
 
 
La nuit, les crapauds accoucheurs s’adonnent aux joies de la musique électro-acoustique. Et au bord de la rigole se tiennent les chanteuses, bouche cousue et enregistreur à la main (cliquez pour écouter).
 
 
(Au fait, savez-vous à quelle famille appartient ce sympathique amphibien, Wikipedia dixit? Les discoglossidés. Il n’y a pas de hasard en ce bas monde.)
 
 
 
Un piano dans mes crapauds (à moins que ce ne soit l’inverse)
samedi 3 mai 2008
J’écoute mes petits crapauds et ça me turlupine: ils me font penser à quelque chose de précis (je veux dire, à part quarante ans de musique contemporaine), mais quoi?
 
Ça a fini par me revenir: un fabricant de pianos allemand a sur son site un petit joujou musical futé et poétique, propre à vous faire passer un temps délicieusement improductif devant votre ordi:
 
 
Branchez vos plus belles enceintes et amusez-vous bien ! (Un conseil: sachez que l’on peut faire glisser les notes de la palette dans l’aire de jeu, relancer une note, et que la vitesse du lancer a une incidence…)
 
 
 
 
En direct de la Chap’
vendredi 25 avril 2008
Ici la Chapelle-Neuve (Côtes d’Armor). Le 20e stage Mod All de musique traditionnelle (bretonne, s’entend) bat son plein, et on ne fait pas un pas dans le bourg sans entendre six bombardes à droite, deux violons à gauche, sur fond d’accordéon en train de chercher un bal plin. A l’instant même, à l’étage au-dessous, Stéphane Morvan explique son expérience de luthier aux stagiaires flûtistes de Jean-Michel Veillon et Yannick Alory (parmi lesquels un canadien et deux japonais).
Les chanteurs, eux, ont leur propre réserve dans le mythique bar-resto de Christelle, un peu à l’écart – principe de précaution écologique, sans doute.
 
En ce qui me concerne, ma modeste contribution de membre de l’asso (et ex-stagiaire!) se limite au remplissage de verres à diverses buvettes. Je suis donc dans un doux coaltar, conséquence d’un coucher un peu tardif, mais j’aime cette atmosphère où se retrouvent tant de gens qui aiment quelque chose que j’aime aussi, et tant d’avenirs. Tout d’un coup (ça m’a pris du temps!) je comprends ce que mes copains profs peuvent ressentir: un lieu d’enseignement, c’est l’endroit entre tous où le neuf peut advenir.
 
 
 
 
 
Le Grand Eclairagiste s’éclate…
jeudi 24 avril 2008
 
… dans sa salle de bains.
 
(La Lieue de Grève, dimanche dernier.)
 
… Je me suis laissé dire que les rayons de soleil obliques comme ceux-ci sont appelés dans le Mené des “cordes de vent”. Elle est pas belle, la vie?
 
 
 
 
Joyeux Marathon
vendredi 18 avril 2008
Me revoilà! Mes affres rédactionnels n’étaient pas encore terminés que j’ai plongé dans une bonne semaine de travail avec l’ensemble vocal Mélisme(s), pour un programme de compositeurs nordiques riches en belles découvertes: que Sibelius, Grieg ou Arvo Pärt signent des chœurs magnifiques, le contraire serait étonnant; mais je dois avouer – n’oublions pas que je suis ignare – que je n’avais jamais entendu parler de Mr. Knut Nystedt, dont le “O Crux” m’a littéralement hypnotisée. (Je ne plaisante pas, ceux qui auront déjà essayé l’hypnose verront ce que je veux dire: tout le temps que ça dure on se sent parfaitement présent, très actif – en l’occurrence, en bon petit soldat je pensais très fort à mes intervalles, à mes temps et à l’accord environnant! – et c’est à la fin que, levant les yeux, on s’aperçoit qu’on était parti très, très loin…).  
 
Ajoutons un “La chanteuse, l’infini et la clef à molette” au Guilvinec (aaaaaah, les langoustines somptueusement cuites, fondantes et fermes… Merci Guislaine, merci Robert!), et bien sûr deux festoù-noz avec Loened Fall, et votre servante a estimé avoir mérité trois jours de siestes, de thé entre copines et de fabrication industrielle de gelée de pissenlits.
 
A présent, hop hop hop! On repart, on s’entraîne pour Solitaire (youpiiiii !) à Vannes le 29 – et croyez-moi, pas question d’être en petite forme…
Et puis on répète – re-youpiiiii! – avec Philippe Ollivier en prévision des futurs concerts de Bugel Koar: à Gignac (34) le 30 avril et au Japon (youp-youp-youpiiii!) en juin. Bugel Koar est resté en sommeil ces dernières années, pendant que Philippe et moi nous démenions sur d’autres fronts; mais chaque fois que nous y retournons, crénom…ai-je le droit de dire, sans être accusée d’autosatisfaction crasse, que j’aime vraiment ces chansons?  
 
 
 
 
Mode demi-saison
vendredi 18 avril 2008
Cette année la feuille de chêne nouvelle se porte brillante, avec discrète floraison:
 
 
Idéalement accessoirisée avec une solide brise marine, une embouchure de Leguer et une épine en fleurs.
 
 
(Ouaiiiiis, bon, d’accord, c’était il y a trois jours et je vous écris sous une pluie battante. Mais n’empêche que ce fut.)
 
 
 
 
Printemps breton: enfin la vérité
vendredi 18 avril 2008
Touristes et néanmoins amis, il est temps de briser le silence: on vous cache des choses.  
 
Qu'est-ce que ça sent, pour vous, la Bretagne en mars-avril? Le goémon, les embruns, la terre, le lisier, la galette de Pleyben, la poche de biniou moisie? Le dessous de bras de danseur de gavotte? Vous n'y êtes pas. Au début du printemps, dès qu'il se met à faire tiède (je veux dire, S’IL se met à faire tiède…), l'odeur qui vous saute au nez au détour des chemins, voire au bord des voies express pour peu que votre voiture ne sente pas le pétrolier de réforme, c'est celle de l'ajonc massivement en fleurs, toutes espèces confondues. Et l'ajonc massivement en fleurs, toutes espèces confondues, ça sent… la noix de coco. Avec une pointe de vanille et un soupçon de monoï. Juré-craché.
 
 
 
Ça fait désordre. Vos yeux (et vos capteurs de température) vous disent que vous vous promenez dans l’Armorique insondable, selon votre obédience vous cherchez des yeux les bardes harpus, les sirènes nichonnées ou les vieux sages à casquette – et pendant ce temps-là votre odorat vous promet palmiers, vahinés et solo de youkoulélé. Pas étonnant que les offices du tourisme restent muet sur une telle subversion.
 
(Bon, d’accord, cette année, entre le vent et les températures scandinaves, c’est vrai qu’il fallait mettre le nez dedans pour voir de quoi je cause. Mais c’est quand même là, ‘suffit de s’approcher.)
 
 
Travaux manuels
dimanche 30 mars 2008
Entendons-nous bien: je suis très heureuse de faire des disques. Chacun appelle le suivant et j’aimerais même en faire plus!
Mais dans la réalisation d’un disque il y a un moment que je déteste et qui devrait, en bonne justice, me valoir l’amnistie d’au moins trois péchés mortels: c’est la finalisation, forcément à la dernière minute (1), des textes et autres documents à transmettre à la maquettiste.
 
On relit jusqu’à ne plus rien voir et fixer l’écran avec un beau regard de lobotomisé. On se réveille en sursaut la nuit, tout à la crainte d’avoir oublié de citer quelqu’un qui ne vous le pardonnera jamais. On s’arrache les cheveux (pour mieux les couper en quatre) à déterminer le bon usage et le bon dosage du bi- et du trilinguisme. (2) Vous souvenez-vous de la scène du cauchemar de Blanche-Neige dans la forêt? Les dernières vérifications à faire (“et ce nom de lieu, je n’ai jamais pensé à chercher ce que ça pouvait être”, “alors, cet air était sur la vieille cassette bleue, mais où est la liste de la vieille cassette bleue?”, “et lui, il n’y aurait pas deux L à son nom?”), c’est un peu ça: ça surgit de tous côtés, avec des têtes à la Munch et une supériorité numérique au-delà de tout espoir. (Inutile de dire que c’est aussi le moment où la souris de l’ordinateur commence à rendre l’âme, faisant du traitement de texte un palpitant jeu de hasard.)
 
Bref, je suis en train de boucler la matière première du livret du prochain Loened Fall. Et faut pas m’embêter, scrogneugneu.
 
Ça s’annonçait pourtant plein de tendresse:
 
 
 
J’ai l’honneur de vous présenter les figurants de la future couverture. Faits maison: chanteuse, c’est un sport complet.
 
Allons, plus que quelques heures de labeur et je redeviens un être humain socialisé et bien élevé.
 
 
(1) Attention, hein, je n’ai pas dit que je commençais à la dernière minute – FINIR à la dernière minute, c’est déjà suffisant…
 
(2) On m’objectera que de nombreux disques paraissent avec des livrets méchamment torchés sans que la face du monde en soit changée. C’est vrai. Mais il se trouve que j’ai envie que la face de ce livret, elle, soit le plus avenante possible. Vous le valez bien, et la musique bretonne aussi.
 
 
 
 
* “Solitaire” à Guingamp vendredi 14
mercredi 12 mars 2008
Après la création à Lamballe vendredi dernier, “Solitaire” de la chorégraphe Christine Rougier, “solo à deux têtes” pour un danseur-qui-chante (Mathias Groos) et une chanteuse-qui-bouge (devinez qui?) avec un musicien-dans-l’ombre (Michel Bertier) sera à Guingamp au Théâtre du Champ au Roy ce vendredi. Le bonheur des répétitions ne s’est pas démenti, et si le ciel voulait bien m’accorder de travailler dans ce genre d’ambiance pour le restant de mes jours je ne mégotterais pas sur les ex-votos!  Et surtout, “Solitaire” est, je crois, un beau et singulier spectacle, plein d’une puissance qui a l’élégance et la sagesse de ne pas désespérer. Et cette puissance, cette élégance et cette sagesse me rendent – bêtement, enfantinement – fière d’en faire partie.
 
Quelques petites images, grâce à Cécile Pelletier, auteur des costumes.
Devant la boîte à vent:
 
 
 
 
 
Je crois que je n’ai jamais de ma vie passé autant de temps dans un costume que dans cette robe: je répète avec quasiment depuis le début. C’est une sorte de chef-d’oeuvre de Cécile: un vêtement qui paraît contraignant et hiératique, avec ses paniers, son corsage et son ampe jupe, tout en étant en fait d’un confort absolu, d’une légèreté étonnante et d’une solidité proprement admirable – car elle en fait, des choses! Elle devient arme, montgolfière, ailes, elle chante, crie et rugit, elle vole, elle meurt, elle affronte les tempêtes…  (Et quand je dis “elle chante” ce n’est pas une figure de style: je chante, mais elle aussi.)
 
 
“Alors, encore une autre proposition artistique, Marthe?” m’a demandé quelqu’un l’autre soir. Oui et non. “Solitaire”, c’est le monde de Christine, et il se trouve juste que j’ai la chance inouïe d’y avoir été invitée. Cela s’inscrit, et comment! dans mon propre parcours et mes propres explorations, mais c’est aussi, d’un autre côté, la joie de travailler à autre chose que mon seul discours de “Marthe Vassallo, chanteuse”. Vous me voyez là, en quelque sorte, en vacances de moi-même, de l’identité d’interprète et d’auteur (1) sur laquelle vous et moi nous mettons, d’ordinaire, plus ou moins d’accord. Dans un travail où tout ce que j’ai pu faire auparavant n’a de sens qu’en tant que matière première et savoir-faire. Et en même temps, que de trésors il me semble que je vais en rapporter…
 
 
(1) Oui, avec le temps j’ai appris à assumer de me dire “artiste”, mais j’ai encore un peu de mal avec l’appellation “créateur”. ‘Faut que je vieillisse encore un peu…
 
 
 
* “Solitaire”: dernière semaine de répétitions  
dimanche 2 mars 2008
J’attendais d’avoir des photos décentes pour en faire un courrier, mais comme tout se ligue, y compris – et surtout –mon étourderie, pour m’empêcher de les rapatrier, tant pis, elles voyageront à part! Toujours est-il que, depuis dix jours, nous avons repris les répétitions de “Solitaire”, le spectacle de la chorégraphe Christine Rouger (où je chante… et danse – comme une non-danseuse peut danser, bien sûr!), en vue de la création vendredi 7 mars prochain à Lamballe. C’est toujours la fête? C’est toujours la fête.
 
C’est la fête parce que je crois que ça va être un beau spectacle; parce que je me réjouis toujours autant de participer et d’assister de près à un type de travail auquel un parcours de chanteuse ne mène normalement pas; parce qu’il règne dans notre petite équipe un climat de respect et d’amitié à la limite du répugnant… Et, parmi de nombreux autres “parce que”: parce que, danse oblige, nous répétons beaucoup et longtemps.
 
On a tendance à se reposer, en musique (tous genres confondus ou presque), sur le travail individuel en amont de la répétition: la pure compétence instrumentale et musicale et/ou la préparation personnelle de la pièce à jouer. La première a même parfois une regrettable tendance à prendre le pas sur la seconde!  En tous cas, il n’est pas rare de considérer la répétition comme une simple phase d’assemblage, d’autant plus rapide qu’on aura fait appel à de bons ouvriers.
 
C’est vrai que cet assemblage peut être rapide, mais de performance en performance (et de coupe budgétaire en gel de subventions!) on en vient parfois à sous-estimer dangereusement le temps nécessaire; en ce cas, si les ouvriers sont vraiment bons ils fourniront ce qu’il faudra d’énergie pour que le résultat ressemble tout de même à quelque chose, mais cette énergie se paiera sur celle qui nourrit la beauté de l’ensemble. En clair: un bon musicien fera un concert satisfaisant (pour autrui!) même s’il doit garder un œil sur ses notes et l’autre sur le leader pour savoir comment le morceau va finir, mais le même concert serait autrement plus beau si l’interprète pouvait jouer sans strabisme et les fesses desserrées! (Et par pitié ne me ramenez pas la “beauté de l’urgence”, l’“insécurité féconde” et autres vieux saucissons, sinon je vais encore m’énerver…)
 
Ici on est loin de tout ça: le corps ne s’accommode pas des parcours du combattant que nous imposons à nos cerveaux; et surtout on ne travaille pas une chorégraphie seul dans son salon! Il faut donc répéter au sens le plus littéral, tester, trier, intégrer, prendre le temps de se faire des petits circuits imprimés sans bavures. (A fortiori pour quelqu’un comme moi, aussi entraîné physiquement qu’un Winston Churchill en vacances.)
 
…Et j’adore ça. Avoir le temps de se construire un passé avec un spectacle avant de le montrer. Le temps de comprendre, de réfléchir, et aussi de ne pas réfléchir, juste s’imprégner sereinement et laisser l’infusion se faire…
 
 
 
 
 
 
 
Traoù nevez, kozh traoù,  bitrakoù ha traoùachoù, ha soubenn an teir yezh…
 
 
Bulletin paroissial, grandes nouvelles et petits plaisirs, en direct de La Ville aux Pies…
Les articles concernant le plus directement mon actualité musicale sont signalés d’un *. Une question? Je tâcherai d’y répondre ici.
 
 
Big news, sweet nothings and silly jokes… In French and Breton so far, unless it turns out English is needed too: if so, please e-mail your question and I will be happy to oblige.
(Oh, and in case you wonder,  “Kerbiquet” is just the unofficial name of a field with my house on it. It means “Magpieville” in Breton and I love it.The name. And the field too.)
The Kerbiquet Wheneverly News photo Francis Goeller
Félicitations! Vous voici arrivé au bas de la page!  Si vous en voulez encore, retrouvez le sommaire complet depuis le début des temps (étant entendu que les temps ont commencé en janvier 2007).